
Vous croyez que l’eau embouteillée est inoffensive? Pas vraiment.
Par Jocelyne Rankin
| Un tas de bouteilles d’eau – inspectée moins souvent que votre eau municipale, dans un contenant qui est destiné au décyclage ou pire. (Photo gracieuseté de Creative Commons.) |
Imaginez une simple bouteille d’eau. Elle a l’air pure, saine et même sans calories – après tout ce n’est que de l’eau, n’est-ce pas? Pas tout à fait.
D’abord, la mise en bouteille de l’eau nécessite beaucoup d’énergie. Le pompage, le transport et la réfrigération d’une bouteille d’eau consomme l’équivalent d’un quart de cette bouteille remplie de pétrole. Les bouteilles en plastique finissent par se retrouver dans nos sites d’enfouissement, dans les océans et, à l’occasion, dans des installations de recyclage où elles sont recyclées ou décyclées – des processus très énergivores.
Selon les règlements fédéraux relatifs à l’eau potable, l’eau du robinet est analysée tout au long du processus: à la source, à l’usine et partout dans le réseau de distribution. Il peut y avoir 10 000 analyses par an et dans certaines villes, jusqu’à 100 000 analyses par an. Toutefois, l’eau embouteillée est inspectée beaucoup moins souvent. D’ailleurs, le public n’a pas moyen de connaître les résultats d’analyse de l’eau mise en bouteille, contrairement à l’eau municipale pour laquelle les résultats des inspections sont rendus publics.
Il est important de savoir si l’eau de son robinet est salubre, surtout si elle provient d’un puits. Les contaminants possibles sont les médicaments, les métaux lourds, les engrais et les produits chimiques industriels. Bien qu’aucune eau ne soit parfaitement pure, les services d’utilité publique ont les ressources nécessaires pour éliminer de l’eau potable tous les contaminants microbiens, inorganiques et organiques. L’entretien adéquat d’un puits privé est essentiel à la protection de la santé. Cela veut dire protéger la zone qui entoure le puits, faire analyser l’eau régulièrement et traiter les problèmes lorsqu’ils surgissent.
L’achat de l’eau embouteillée pourrait aussi avoir de graves conséquences d’ordre public. Si les gens se fient de plus en plus à l’eau embouteillée, la qualité des services publics pourrait diminuer. Après tout, ces agences publiques ont besoin d’appui financier et politique. Ceux qui achètent l’eau en bouteille seraient peut-être moins enclins à appuyer l’augmentation des tarifs et la protection des bassins d’eau ni à faire pression auprès des dirigeants élus pour améliorer les infrastructures d’eau.
Les villes canadiennes comme London en Ontario et Saint Jean à Terre-Neuve ont arrêté de vendre l’eau embouteillée dans leurs édifices municipaux et le groupe de recherche sur l’intérêt public de l’université Simon Fraser en Colombie-Britannique a annulé son contrat de refroidisseur d’eau, posant plutôt des affiches déclarant une «zone libre d’eau embouteillée» à la place des refroidisseurs. Nous pouvons tous agir et faire pression sur nos municipalités, nos écoles et nos milieux de travail pour l’ajout de fontaines à boire. Et bien sûr, nous pouvons tous célébrer ce cadeau en levant un verre rempli d’eau du robinet!
Jocelyne Rankin est spécialiste en eau au Centre d’action écologique et boursière de la Gordon Foundation. Sa nature hydrophile fait qu’elle a un respect profond pour tous les écosystèmes aquatiques. Rivages est un projet du Centre d’action écologique. Ces articles bilingues sont publiés dans les journaux communautaires de la province et sont disponibles au www.ecologyaction.ca/rivages. Rivages reçoit l’appui du Nova Scotia Habitat Conservation Fund avec des contributions des chasseurs et des trappeurs.
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